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Festival Siana – 2015

Le festival Siana s’est déroulé en avril 2015, à Evry et a été imaginé et conçue par Nicolas Rosette.

Mini report forcément orienté – un petit grand détour pour s’y rendre mais une exposition magnifique sur un « imaginaire des technologies ».
On explore les « horizons matriciels » au travers des travaux d’une dizaine d’artistes, guidés d’un pièce, d’une oeuvre à l’autre par une médiation surprenante. Cette médiation, je précise, est obligatoire, ce qui est plutôt amusant si l’on file cette thématique de la « mère programme », de la matrice qui nous guide en nous laissant cette illusion de liberté. Cette coopération forcée avec un individu étranger, si elle est due à des raisons de sécurité du bâtiment, est du même ordre que l’injonction paradoxale développée par le curateur : viens, je suis ton amie, ta mère matrice, tu fais ce que tu veux mais c’est quand même moi qui commande et te dirai où aller.
L’ordinateur, la « matrice », notre mère ou nouveau dieu technologie est-il vraiment bienveillant, aidant, épanouissant ? Ce sont des questions qui viennent à déambuler entre ces propositions de réponses. De la 1re, violente, de la guerre invisible, à une mer d’ondes neuronales, de nos nouveaux temples et rituels de passage, de quoi retourner les horizons pour nos propres matrices de réflexion.

Le site
> http://www.siana.eu/siana2015-edito/biennale2015-expositions/

1re oeuvre percutante et ce n’est rien de le dire.. par Jean-Benoît Lallemant et ses Trackpads : 30 secondes de percuteurs invisibles cachés derrière cette immense toile de lin, et reproduisant les attaques de drone américain durant 1 an au Warisistan et au Yemen.
A chaque coup de percuteur, on entend le son, à peine à ton le temps de voir la toile se gonfler à l’endroit de l’impact, impossible d’éluder le nombre de morts de cet instant, invisibles.
Une oeuvre limpide et tenace, violente par sa transparence pour ouvrir l’imaginaire bien réel permis par nos technologies. Une entrée en matière bien loin du rêve.

A côté, Birth of a nation – Jean-Benoît Lallemant
Cartographie d’un organigramme d’Al-Qaeda au Maghreb Islamtique (AQMI).
Là encore, l’invisible, de chaque carré part un fil tendu vers un autre espace, créant un tissage complexe, muet, incompréhensible en mots et qui pourtant relie les êtres dans une conception du monde aveugle.
> http://www.jeanbenoitlallemant.com/

Continuons, une pièce sombre, un transat où l’on vous prie de vous installer et la médiatrice vous glisse dans les mains une manette de jeu vidéo : celui de One Life Remains qui va se jouer de nous. Accessoires pour s’installer tranquillement avant une balade dans un désert numérique.
On croit maîtriser, après tout j’ai la manette non ? Mais c’est le jeu qui guide, en rectitude absolue, et nos essais de sortie de route, pour tenter de maîtriser notre parcours ne se solderont que par des crash.
C’est la machine qui guide, notre pouvoir, au final est nul, car elle va tout droit. Progressivement, la vision se brouille, l’image devient de plus en plus floue et contraindrait presque à ne plus regarder, de toute façon : ce n’est pas vous qui conduisez, gardez juste bien les mains sur le volant.
> http://oneliferemains.com/

Passons les frontières, géographiques, technologiques et religieuses avec Marie-Julie Bourgeois et TORII.
Le Torii est un portail traditionnel japonais installé à l’entrée de sanctuaire shintoïste.
Sauf que là, ce portail est fait de portiques de sécurité d’aéroport, qui sonneront et s’allumeront à votre passage, selon votre propre façon d’avancer.
Quel est la notion du rite ici, un tunnel avant de rejoindre un dieu sécuritaire, un tunnel qui ici ne mène à rien, sauf à nous forcer à entrer dans un temple virtuel technologique dérangeant.
> http://mariejuliebourgeois.fr/

Dans le couloir, ça n’a l’air de rien comme ça.
Une table noire, dans un couloir, avec un pendule magnétique qui vole au dessus, des sons qui s’échappent de la boîte.
Juste qu’ici tout semble normal, facile.
Mais votre présence, captée, perturbe le champ magnétique et les émanations sonores s’irritent, montrant les liens entre présence réelle et ondes virtuelles. Pour retrouver l’harmonie du son, partez svp, mais vous n’entendrez plus rien…
> http://bertuf.org/

La mer est ton miroir par Spéculaire
Elle reste hypnotique, toujours, dans ses flux incessants et inexplicables (si…).
Ce qui l’est ici encore plus, c’est que les ondes marines sont générées par vos ondes neuronales. Un casque plus tard, une machine vous représente par ces vagues au gris métallique et à la texture pourtant aquatique.
Flavien Théry et Fred Murie proposent ici une vision personnelle, à mon sens, du mythe de Narcisse.
Cette installation est fascinante, voir son propre cerveau s’agiter sous nos yeux, vivant et monochrome.
> http://www.speculaire.fr/

J’ai bien aimé cette installation « hautement » frustrante, quoique déconseillée aux épileptiques et paralytiques… où toute curiosité sera punie ! Surprise de notre guide N.R.

J’en retiens une exposition rare, qui relie le fond autant que la forme, sa présentation. Ni trop imposante, ce qui nous laisse du temps de cerveau disponible pour comprendre et intégrer ce que l’on voit, tout en ressortant nourri, plein d’encore plus de questions qu’à l’entrée, ce qui est un des plus beaux objectifs de l’art.

M.